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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 12:41

 

EXPÉRIENCE SCIENTIFIQUE

Quand la télé vous manipule

Par Emmanuel Berretta

 

En 1963, le professeur de psychosociologie Stanley Milgram inventait une expérience démontrant à quel point un individu peut obéir à un ordre contraire à ses valeurs. En l'occurrence, l'individu se voyait demander d'infliger des décharges électriques de plus en plus fortes à un prétendu cobaye. Une expérience popularisée par le film I comme Icare , d'Henri Verneuil. Le cobaye était, en fait, de mèche avec le professeur et ne recevait nullement ladite électrocution. Il était situé dans une pièce voisine et se contentait de gémir en fonction des voltages de plus en plus puissants... Tout cela n'était qu'un subterfuge de manière à examiner le comportement de celui qui, obéissant aux injonctions du professeur Milgram, était capable d'infliger la charge électrique maximale. À l'époque, 62 % des personnes avaient obéi jusqu'au bout en se mettant dans "un état agentique", selon l'expression du professeur... 47 ans plus tard, combien d'entre nous, placés dans des conditions identiques, sont capables d'infliger jusqu'à 460 volts ? C'est ce que France 2 a voulu tester, en s'appuyant sur l'équipe du professeur Jean-Léon Beauvois, chercheur en psychologie sociale, dans un documentaire passionnant, Le Jeu de la mort , réalisé par Christophe Nick, diffusé le 17 mars prochain en prime time.

France 2 a légèrement modifié les paramètres de Milgram. Ici, il s'agit de vérifier l'impact de l'autorité quand celle-ci, au lieu d'être incarnée par un scientifique en blouse blanche, repose entre les mains d'une simple animatrice télé, en l'espèce, Tania Young. L'équipe du professeur Beauvois a donc reproduit l'expérience de Milgram, mais en la transposant dans un faux jeu télévisé. Une petite annonce passée dans la presse a permis de sélectionner 80 candidats. Chacun d'entre eux pensait participer au pilote (non diffusé) d'un nouveau jeu télé pour le compte de France Télévisions. Leur participation est bénévole. Un public est présent, qui applaudit comme dans les vraies émissions de jeu...

Le supplice de la chaise électrique

Le jour du tournage, les personnes sélectionnées se voient expliquer la règle : elles devront questionner un autre candidat (en fait, un acteur de mèche avec les scientifiques), lequel devra retenir 27 associations de mots. À chaque mauvaise réponse, le questionneur devra, en guise de "punition", pousser un levier et ainsi soumettre le candidat fautif à une décharge électrique de plus en plus importante. Le spectre du voltage part de 20 volts pour aller jusqu'à... 460 volts, en grimpant par tranche de 20 volts... Première surprise : aucun des 80 postulants ne conteste, à ce stade, le principe même du jeu. Comme chez Milgram, l'acteur n'est pas visible du questionneur. Il entre dans une capsule où on l'attache à une chaise électrique, puis on referme la capsule. Si bien que le questionneur est entretenu dans l'illusion que les décharges sont réelles, car il entendra les réactions à la douleur du faux candidat, mais ne le verra pas gigoter sur sa chaise. Et pour cause : l'acteur sort de la capsule par un petit passage secret, dissimulé à l'arrière. Ce qui va se passer à partir de là nous plonge dans une certaine horreur...

À 80 volts, devant la douleur (feinte) de l'électrocuté, le rire du questionneur est la première réaction de décompression. "Le rire relaxe et permet au cobaye de poursuivre vers de plus hauts voltages", explique Jean-Léon Beauvois. À 180 volts, les cris de l'acteur sont plus vifs : un premier groupe de questionneurs se rebelle. "À ce moment-là, 17 % des questionneurs décident de tricher en appuyant de la voix les bonnes réponses au QCM", observe le professeur Beauvois. À 320 volts, l'acteur supplie d'arrêter le jeu, mais l'animatrice Tania Young presse le questionneur : "Ne vous laissez pas impressionner, continuez..." Comment poursuivre la torture ? 70 % de ceux qui persistent nient la victime en parlant pendant qu'elle crie. À 380 volts, l'acteur ne réagit plus. Le silence fait croire que la décharge l'a fait s'évanouir. Et malgré cela, 80 % des questionneurs vont au bout de l'horreur... C'est plus qu'en 1963 ! Sur les 80 personnes testées, trois n'ont pas souhaité que leur passage figure dans le documentaire. Sur ces trois personnes, deux font partie des désobéissants. Plus intrigant, le "champion des rebelles" a refusé de se montrer. Il s'agit d'un individu qui, non seulement, a désobéi, mais a réussi à retourner en sa faveur le public de l'émission afin que cesse le tournage.

Désobéir ? Un exploit

Désobéir ? Visiblement, c'est difficile pour un individu isolé, soumis à la pression, même d'une simple animatrice. Ils ne sont donc que 17 sur 80 à avoir osé se rebeller contre l'autorité. La situation de l'expérience est, bien entendu, artificielle et mérite d'être relativisée. "Ceci ne se produirait pas dans le cadre d'une entreprise où un individu, soumis à un ordre contraire à ses principes, pourrait toujours s'appuyer sur, par exemple, ses collègues pour refuser d'obéir." Ici, l'individu n'a aucun recours. Il passe pour la première fois à la télé. Les caméras, les lumières, le public, tout l'impressionne. Et puis, il a confiance dans la production qui, pour l'inciter à aller plus loin, lui fait savoir, par l'intermédiaire de l'animatrice, qu'elle le décharge de toutes ses responsabilités... Le cobaye subit cinq degrés d'injonction. Si, à la cinquième, il continue à résister, le jeu s'arrête. L'expérience le considère comme un désobéissant.

L'équipe de Jean-Léon Beauvois a introduit des variantes sur un petit échantillon des cobayes. Dans la première d'entre elles, l'animatrice se retire et confie la maîtrise du jeu au seul questionneur. Dès lors, sans la pression de l'autorité, le taux de désobéissance monte à 75 %. Deuxième variante : introduire un conflit entre deux autorités légitimes. Le scénario est le suivant : à 180 volts, une personne de la production fait irruption sur le plateau sur le mode "On arrête tout, ça dérape, c'est une catastrophe !" Tania Young, au contraire, insiste pour poursuivre le tournage. Le questionneur observe donc que quelque chose cloche. Il doit choisir son camp : l'animatrice ou la chargée de production...

"La télévision est mûre pour tuer"

C'est ici l'une des différences majeures avec l'expérience de Milgram, lequel avait lui aussi introduit ce conflit entre autorités : en 1963, la désobéissance était massive. Aujourd'hui, les questionneurs ont continué à pousser les décharges en se rangeant aux ordres de l'animatrice Tania Young ! "Des situations qui produisaient le désordre n'en produisent plus", constate le professeur Beauvois, tandis que Christophe Nick, l'auteur du documentaire, en déduit que "la télévision est mûre pour accueillir un jeu où le but consiste à tuer son prochain".

Conclusion sans doute un peu exagérée, non ? "Cette expérience est terrifiante parce qu'elle montre que nous obéissons davantage à la télévision qu'à n'importe quel pouvoir, conclut-il dans L'Expérience extrême , un ouvrage (aux éditions Don Quichotte) qui relate les détails de cette aventure humaine aux confins de l'horreur. C'est la dérive de la télévision commerciale vers des programmes de plus en plus violents qui a banalisé la torture sur un plateau." Un réquisitoire qui sera débattu juste après la diffusion du documentaire le 17 mars prochain, autour de Christophe Hondelatte.

 

Source : http://www.lepoint.fr/actualites-medias/2010-02-24/experience-scientifique-quand-la-tele-vous-manipule/1253/0/427607

Publié le 24/02/2010 à 20:44 - Modifié le 25/02/2010 à 11:06 Le Point.fr


Voir aussi : TV: "Plus un individu se croit libre, plus il est manipulable"

 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/tv-plus-un-individu-se-croit-libre-plus-il-est-manipulable_851247.html

 

Le temps passe le système  "d'informations" reste !


Il y a 50 ans ou aujourd'hui, même combat : comment diriger la population; comment lui faire croire, à son insu de plein gré, qu'elle n'agit pas conditionnée et sottement!

Le "bon, le plus fort" conditionnement est celui dont on ne se doute pas.

Même méthode qu'au temps du Roi Soleil, La Fontaine le montrait dans "les animaux malade de la peste" : le baudet était le coupable des maux de la Terre, les Princes, les" Grands" étaient hors cause.

Ce qui fait que la population accepte son fardeau, accepte la fabrication de "boucs émissaires", accepte d'être le garant, le gardien, l'acteur de la manipulation.

La population est tellement soumisse à la manipulation, à l'autorité manipulatrice, qu'elle se trouve en dissonance cognitive lorsqu'il s'agit de désobéir à un ordre qui est, au premier abord, répugnant à ses valeurs humanistes.

Mais, si c'est l'autorité qui le dit ... C'est qu'il y a de "bonnes raisons"; et, comme aux temps des Rois : bon sang ne saurait mentir !!!

 

Agir par sa conscience quelques soient les pressions, l'autorité, n'est pas facile; d'autant plus lorsqu'on est "formaté" à ne pas remettre en cause les ordres, en particulier, des autorités, politiques, sociales, religieuses.

 

Une fois de plus, le rempart à la barbarie est la règle basique : Aucune cause, aucune action ne peut justifier la souffrance (physique) ou la mort d'un humain, même si l'avenir de l'humanité en dépendait.

 

Hors de ce principe tout est permis, car je ne peux blesser l'autre avec des paroles; les paroles étant du "vent" et le "vent"  n'a pas de pouvoir sur le mental des êtres. Par contre, je peux me blesser avec le "vent", j'ai tout pouvoir sur moi-même et je suis le seul.


Suite, jeudi 17 mars :
 
http://actu.dna.fr/24fa514aada7d26da4dd3f.2d.005.html

Et Commentaire de Raël :
En perdant sa capacité de jugement et sa conscience, en se laissant manipuler par les médias et les pouvoirs, tout être humain, sans exception, est capable de n'importe quel crime. C'est ce que l'on a vu sous le régime nazi et dans bien d'autres génocides.
Mais c'est également ce que l'on voit en France avec la haine "anti secte" générée par les médias en mal d'audimat et des politiciens en mal d'électeurs. L'utilisation de l'infâme rapport sur les "sectes dangereuses"
, pointant du doigt des minorités dont le seul crime est de penser différemment, est très révélateur. Cela montre une complicité réelle entre les médias et les politiciens comme le procès de Nuremberg l'a montré en condamnant à mort un journaliste allemand ayant incité à  l'antisémitisme.
Toutes les soi-disant "belles consciences" qui prétendent regretter avoir commis de tels actes en se soumettant à l'autorité de la télévision, n'hésiteraient sûrement pas, dès le lendemain, à discriminer ou à insulter le membre d'une "secte", montrant qu'il ou elle n'a rien retenu de sa prétendue "prise de conscience". Et les chiffres de ceux allant jusqu'aux décharges mortelles auraient sûrement été nettement plus élevées si les victimes avaient été Juifs, noirs, arabes, ou Raëliens.
Seule une action concertée des autorités et des médias, pour rééduquer les gens à ne plus haïr les différences, et ce dès l'école, pourra changer cela. Alors seulement pourrons nous espérer une société meilleure. Sinon rien ne changera et les médias criminels et les politiciens pourris continueront de jeter en pâture aux haineux des minorités innocentes.

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commentaires

Authentiqua 03/04/2010 18:42



Si on m'avait choisie, j'aurais refusé les règles du jeu... Je suis une rebelle et je ne suis pas perverse. Envoyer des décharges éléctriques et voir souffrir les autres gratuitement, c'est
pas mon truc, ça ne m'amuserait pas du tout, ce serait au dessus de mes moyens.... Bonne soirée



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