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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 10:21

 Le monologue de Diogène à la foule :

 

« Eh,  moutons ! Bééé ! Réveillez-vous ! Bééé ! Un homme va mourir ce soir et vous discutez sur les dernières lois à appliquer ! Cet homme, vous le connaissez bien, il arpente vos rues depuis plus de 50 ans ! Oui, je parle de Socrate ! Depuis 50 ans, il n’a eu de cesse de vous inoculer un remède face à vos ambitions, vos passions : ce remède, c’est la vérité !! C’est elle que vous outragez aujourd’hui par votre indifférence et en le jugeant sur des arguments trompeurs ! Oui, vous n’êtes que des moutons : vous vous laissez prendre à la sophistique ! » .

 

Diogène insulte les sophistes Gorgias et Protagoras et crache aux quatre vents, puis reprend :

 

« Nos sophistes n’ont de cesse d’outrager les honnêtes hommes par leurs rhétoriques mesquines qui font croire que la vérité n’est qu’opinion ! Tout ce qu’ils disent, vous y croyez ! Vous les payez même pour entendre des fadaises ! Ces sophistes, ils se foutent de vous, avec leurs beaux et inutiles discours, ces loups aux dents acérés n’attendent qu’une chose, vous dévorer votre âme ! Et, bien sûr, vous n’y voyez que du feu ! Mais, regardez-vous ! C’est eux qui vous gouvernent depuis des années, c’est eux qui vous conseillent, surtout vous, riches dignitaires, bailleurs de fonds, qui régulièrement paradez en ce lieu ! » .

 

Diogène crache à nouveau, en bavant cette fois sur lui, puis reprend de nouveau :

 

«  Moutons, soyez donc des hommes ! Débarrassez-vous de ces sophistes, de ces idéologues, de leurs foutues chaînes ! Enlevez le voile qui étouffe vos âmes ! N’ayez pas peur d’affirmer votre authentique nature ! »

 

 

 « Foule, imagine un monde gouverné par en bas, par les profondeurs de Dame Nature ! »

 

Voyant Platon au loin, Diogène l’interpelle bruyamment :

 

 « Eh Platon ! Viens par ici ! Que mijotes-tu dans ton coin ? Socrate, ton maître, tu te rappelles, va mourir !

 

Qu’attends-tu  pour protester ! »

 

Platon, sans daigner répondre, s’en va prestement.

 

« Je reprends, écoutez ma déclamation, elle vaut cent fois plus de drachmes que ceux que vous donnez tous les jours aux sophistes ! Imaginez, oui, que la société n’ait plus à faire la guerre ! à punir un concitoyen pour avoir dit la vérité ! Oui, plus besoin de tromper l’autre, plus besoin  d’ambitionner un quelconque pouvoir. Tout serait donné. Tout. Le pied, quoi ! Enfin, nos femmes, nos esclaves, nos étrangers auraient aussi leur place qu’ils méritent dans la cité ! Et celui qui voudrait travailler le pain le pourrait - sans être assigné à cette tâche tout le temps et tout le reste de sa vie ! Plus de place publique où rivaliser de bêtises, où se donner en spectacles ! La politique, la vraie, ne serait pas celle que vous pratiquez : théâtre d’histrions, de médiocres bouffons ! En un mot, je ne vois qu’une seule et unique idée pour le salut de la cité : la fin de l’Etat ! la fin de tout gouvernement ! » .

 

On entend des cris d’horreur dans l’Agora : ce sont d’abord des cris de femmes, puis on voit un législateur tomber de son banc, pris d’une attaque soudaine. Pendant qu’on l’emmène chez le médecin, Diogène ne s’arrête pas - la foule est toujours là de plus en plus inquiète, consternée.

   

 

« Imaginez-vous que la démocratie dont vous faites si grand cas n‘est qu’une épave !

Votre gouvernement par le peuple n’est qu’un gouvernement d’apparence !

Et tout autre gouvernement le sera aussi : là est le cycle infernal, la ronde des morts du pouvoir !

Le gouvernement a tissé sa toile partout dans vos maisons, dans vos vies, mais surtout dans vos coeurs !

Vous frémissez à l’idée de quitter vos penates ! Regardez-moi je n’ai pas peur de  parler !

La mort, que vous craignez, moi je l’aime. Après Socrate, mon tour viendra, j’en suis sûr !

 

Mais en attendant, je suis là, je vis et je m’insurge contre ce que vous faites au citoyen le plus remarquable d’Athènes : Socrate ; mon ami, mon seul et unique ami sur cette terre, lui qui m’a appris à regarder la vérité, j’ose dire ma vérité ! 

 

« Oedipes ! Ouvrez-les yeux ! Souvenez-vous de la parole d’Anaximandre, elle donnait à la cité, au commencement, la voie à suivre : « Il faut, disait-il, connaître que la discorde est le droit ». Par vos lois, vous avez profané cette parole sacrée : Anaximandre n’a jamais voulu de la discorde de vos discours. Celle de la sophistique : vaine et inutile. Amère aussi. ».

« Un homme aujourd’hui va mourir et il est le plus sage des hommes, le citoyen que vous ne serez jamais, et s’il va mourir, c’est uniquement à cause de vous, de votre incompréhension tenace, de votre entêtement stupide ! Je préfère donc retourner à ma vie de chien, plutôt que de partager avec vous, avec toute votre civilité, un repas sans place pour l’hôte, sans place pour l’étranger que vous n’accepterez jamais ! »

 

 

Interpellant un mouton dans la foule, Diogène s’écrie :

 

« Eh, toi ! Oui, toi ! Dis-moi ce que tu comprends à cette parole d’Anaximandre. »

 

Le mouton  interpelé s’enfuit. Tout sauf un schibboleth... 

 

« Anaximandre veut dire que le conflit est légitime, si l’on veut parvenir à ses fins. Mais ces fins doivent être la libération des chaînes que tout pouvoir établit. Pour cela, il faut être d’une certaine façon un étranger; un  de ces êtres qui passe et qui repart ; il faut être un homme capable de refuser le confort des habitudes.

 

« Vous me voyez ici, depuis des années, dans cette cité comme un étranger. Chaque jour qui passe, par mes actes, mes paroles, mon image dégradée, je vous invite à changer. Chaque jour, je vous rends à votre vrai visage de concitoyens sans conscience. Mais vous ne changez pas ! Vous restez fidèle à vous-mêmes, hiératiques !

 

 

 

Socrate, comme Diogène s’y attendait, est effectivement bien mort dans l’indifférence générale.

 

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