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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 12:02

Mais y répondre honnêtement ... c'est possible !

 

Polémique - Sectes : "Mme Mignon oblige à poser les bonnes questions"

Interview - Spécialiste des sectes, la sociologue Nathalie Luca revient sur la polémique suscitée par les propos du directeur de cabinet de Sarkozy.

Et pointe les spécificités hexagonales sur ce sujet épineux.

Propos recueillis par Matthieu DURAND - le 22/02/2008 - 16h59



LCI.fr : Que vous inspire la polémique suscitée par les propos sur les sectes, tenus par Emmanuelle Mignon, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy ?

Nathalie Luca, sociologue (1) : Dans cette affaire, Mme Mignon a obligé chacun à se reposer les bonnes questions sur notre politique à l'égard des sectes. Qu'a-t-elle dit ? Que l'Etat n'avait rien à voir avec les sectes mais qu'il devait s'intéresser à leurs dérives. Cette mission de vigilance, voire de lutte, fait partie des missions de l'Etat.

Si la scientologie est coupable de dérives, il faut le prouver et prendre des sanctions. Ce groupe, qui tient de l'entreprise multinationale, n'est pas dangereux parce qu'il fait de la publicité mensongère ou parce qu'il organise des séminaires en entreprise. Attention, cela ne veut pas dire que c'est bien ! Et puis, les scientologues ne sont pas très nombreux en France et ils se tiennent à carreau. Il ne faut pas grossir un mouvement qui nous casse les pieds.

LCI.fr : La politique de surveillance et de répression des sectes n'est pas menée de la même façon en France et chez ses voisins. Pourquoi ?

N. L. : Il faut partir des années 80 quand toute l'Europe, dont la France, a été sensibilisée aux dérives sectaires. Tous les rapports allaient dans le même sens : il fallait maintenir une certaine vigilance. En 1996, un rapport parlementaire français sur les sectes, censé aider les gens à comprendre ce phénomène, publie un classement des sectes par ordre alphabétique mais sans expliquer pourquoi les groupes ont été sélectionnés. Ce qui est perçu très négativement en Europe mais a une incidence énorme en France car le rapport est publié la veille du suicide collectif des membres de l'Ordre du temple solaire dans le Vercors.

LCI.fr : Pourquoi l'action de la Miviludes, la Mission interministérielle sur les sectes, fait-elle l'objet d'attaques ?

N. L. : Un observatoire des sectes est alors créé mais il n'est pas à la hauteur. Il est remplacé par la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mils). Là encore, nos voisins européens réagissent négativement car la France, pays laïque, ne sait pas dire ce qui est religieux et ce qui ne l'est pas : elle est incapable de savoir ce qu'est une secte. La Mils devient alors la Miviludes : Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

En s'intéressant aux actes et pas aux groupes, la France regagne la confiance des autres pays européens. Mais autant le premier président de la Miviludes, Jean-Louis Langlois, avait mené une politique d'ouverture en permettant aux avis contradictoires, notamment des universitaires, de s'exprimer ; autant son successeur, Jean-Michel Roulet, a refusé d'en faire un laboratoire de recherche. Avec ce durcissement, la Miviludes a perdu une partie de sa crédibilité.

LCI.fr : Vous opposez la politique française à celle de ses voisins. Quelles sont les principales différences ?

N. L. : En Grande-Bretagne, en Suisse et en Belgique, il existe des instituts indépendants sur les sectes dont la mission est de collecter des informations à partir de rapports politiques, de travaux universitaires... Ce sont des sortes de banques de données  mais qui n'émettent aucun jugement de valeur, qui ne proposent aucune interprétation. En Belgique, quand l'organisme d'information sur les sectes émet un rapport sur un groupe [sectaire], il le donne à lire au groupe en question qui a la possibilité de donner son point de vue !

En France, la Miviludes est à la fois juge et partie. Autre problème : lorsqu'un rapport officiel est publié, on n'a pas accès aux sources ou aux preuves avancées. Cela ne veut pas dire que les informations sont fausses mais on ne sait pas d'où elles viennent.

LCI.fr : Que préconisez-vous donc pour améliorer la connaissance des sectes et de leurs dérives ?

N. L. : Pour faire de la prévention, il faut étudier ces groupes à fond. Or, on ne donne pas la parole aux universitaires. Il existe une suspicion de la part des militants anti-sectes : certains avaient même rebaptisé le CNRS [Centre national de la recherche scientifique] en centre national du recrutement des sectes ! Je ne dis pas qu'il ne peut pas y avoir des chercheurs membres de sectes, je ne dis pas que les universitaires détiennent forcément la vérité mais le point de vue des scientifiques mérite d'être pris en compte. Or, aujourd'hui, il n'y a plus moyen en France de faire travailler ensemble scientifiques et militants anti-sectes.

LCI.fr : Au cœur de la polémique récente, il y a également l'attitude de la France vis-à-vis de l'église de scientologie...

N. L. : En France, il est psychologiquement inacceptable qu'un groupe religieux fasse payer ses produits. Cela n'est pas gênant aux Etats-Unis. Aucune loi française n'interdit d'ailleurs ce type de vente mais pour nous Français, la religion doit rester en principe gratuite et rester à sa place. Or, et c'est le deuxième problème que pose la scientologie, c'est un groupe qui est présent dans toutes les sphères de la société : son cœur se dit spirituel mais elle a un côté très business, elle propose une sorte de médecine douce, elle intervient sur le thème de l'éducation... En Allemagne, ce sont les rassemblements scientologues qui font peur car ils évoquent pour les Allemands une forme de fascisme ; le reste, le business, leur pose moins de problème.

En France, nous avons l'impression que ce groupe ne respecte pas la laïcité et aussi, d'une certaine façon, qu'il veut américaniser la société française. Ce n'est pas le seul groupe à agir de la sorte, il y en a même de plus en plus. C'est même un effet de la mondialisation auquel la France peut difficilement échapper.

(1) Nathalie Luca est sociologue au Centre d'études interdisciplinaires sur les faits religieux (CNRS-EHESS). Spécialiste des sectes, elle est notamment l'auteur du Que Sais-Je sur les sectes (PUF) et d'Individus et pouvoirs face aux sectes, que les éditions Armand Colin publieront cette année. 

Source :http://tf1.lci.fr/infos/sciences/recherche/0,,3720931,00-sectes-politique-francaise-reformer-.html


La raison demande de la conscience, du recul, d'examiner le sujet !
L'émotion ne demande rien, elle vit d'elle même, le sujet disparait !

lorsque je parle avec conscience, je suis à chaque instant révolutionnaire.
Lorsque je parle avec mes émotions, j'en suis prisonnier, et ceci peut m'emmener au meilleur, mais plus souvent au pire !

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Published by lovyves - dans société
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