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Tout sauf Sarkozy

Voici le dernier slogan à la mode!

le dernier slogan politiquement correct !

Mais, est il vraiment si correct ?

Voyons le "poids des mots" :

Tout : désigne l'ensemble des possibilités, sans aucune exception, à l'infini.

Sauf : c'est l'exception, le cas particilier qu'il faut retrancher.

Sarkozy : l'exception est nommée.

Donc, tout est acceptable, à part un certain Sarkozy.

Donc, puisque nous parlons politique, toute politique est acceptable sauf celle de Sarkozy !

Même celles qui préconisent des camps de rééducation pour les dissidents !?

Après le poids des mots, voici, apparemment,

 le choc de l'inconscience !!!!

Je, vous avez de bonnes raisons de ne pas voter pour Mr Sarkozy.

Mais, tout sauf Sarkozy, est, certainement, ce qu'il y a de  pire comme politique !

Pour que le fascisme ne passe pas, encore faut il ne pas l'être !

 

Une planète "habitable" hors du système solaire

voir

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-901400,0.html

Damned !!!

Giordano Bruno avait raison, il existe une pluralité des terres !!!

Et, peut être, même  une pluralité d'êtres vivants et conscients !!!

Cependant ,en 1600, Giordano Bruno est " parti en fumée" vers l'enfer et le cardinal Berlarmin, son juge est parti (quelques années plus tard) vers le paradis (béatifié en 1930 !!! Mais, au fait, Dieu a t'il patienté jusque là pour le récompenser ?) !!!

( peut être que nous allons bientôt découvrir la planète enfer et la planète paradis.... va savoir !!! )

 http://www.thereisnogod.info/France/Giordano.php 

Et portant les "brûleurs" de vérité sont , en 2007, toujours considérés, par beaucoup, comme des diseurs de vérité !!!

Il nous reste à  espérer (pour eux et nous) que les habitants de GI 581c soient moins schizophrènes que nous !!! 

Plutôt que de crier au "scandale" du piratage.

Plutôt que de faire la charité.

Plutôt que de faire du commerce équitable!

...

Faire du business ... équitable !!!

Du capitalisme gagnant, gagnant; où nul n'est le "sauveur" ni la" victime" assistée.

Microsoft casse ses prix pour les pays émergents

http://www.01net.com/editorial/346544/editeur/microsoft-casse-ses-prix-pour-les-pays-emergents/

Trois euros pour un pack logiciel :

c'est ce que propose Microsoft aux gouvernements des pays en développement qui équipent leurs écoles avec des PC.


Microsoft déclare vouloir doubler d'ici 2015 le nombre d'utilisateurs
d'ordinateurs à deux milliards, en réduisant le prix de ses logiciels dans
les pays en développement qui mettent à la disposition des écoles des PC
gratuits.

L'annonce a été faite par le président et co-fondateur du premier éditeur
mondial de logiciels, Bill Gates, au cours d'une conférence de presse à
Pékin.

Selon la firme de Redmond, Microsoft prévoit d'offrir pour trois dollars un
lot de logiciels baptisés « Microsoft Student Innovation Suite » aux
gouvernements qui achètent pour les écoles du primaire et du secondaire un
PC sous Windows.

« Du business, pas de la philanthropie »

L'offre, qui sera disponible au second semestre 2007, comprend le système
d'exploitation Windows XP Starter Edition, la suite bureautique Microsoft
Office Home et Etudiants 2007, le logiciel de courrier électronique Windows
Live Mail, ainsi que d'autres programmes.

« Cela n'est pas un geste philanthropique, c'est du 'business », a déclaré
Orlando Ayala, vice président senior pour les marchés émergents chez
Microsoft.

Dans de nombreux marchés émergents, Microsoft a vu ses logiciels piratés et
vendus une fraction du prix de l'original. Le groupe estime par conséquent
que l'industrie technologique doit s'adapter au modèle économique des
nations en développement.

Voici un exemple de moyen intelligent et efficace qui permettra aux pays émergeants de rattraper réellement leur retard; de ne plus être dépendants du savoir (ceux qui ont le savoir, ont la puissance) de l'occident.

 

Le problème des minorités religieuses (appelées sectes) serait il un problème politique ?

Quand le droit et l'administration s'opposent à certains politiciens!

Querelles autour du statut des Témoins de Jéhovah

 

 

Les Témoins de Jéhovah sont-ils une religion à part entière ou doivent-ils être considérés comme une secte ? L'administration a fait son choix. Pour Didier Leschi, chef du bureau central des cultes au ministère de l'intérieur, "en l'état actuel de la jurisprudence, ils ont le droit de bénéficier du statut d'association cultuelle". Ce statut, défini par la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat, donne droit à un certain nombre d'avantages fiscaux.

 

A l'inverse, la commission d'enquête parlementaire sur les sectes et les mineurs, présidée par le député Georges Fenech (UMP, Rhône), considère que les Témoins de Jéhovah sont une secte et que des enfants y sont victimes de "maltraitance psychologique".

 

Le chef du bureau des cultes se retranche derrière la jurisprudence du Conseil d'Etat. Au cours de ces dix dernières années, les préfectures ont refusé d'accorder le statut d'association cultuelle aux associations de Témoins de Jéhovah. Or, les tribunaux administratifs ont constamment donné raison à ceux-ci.

 

Dans deux arrêts du 23 juin 2000, le Conseil d'Etat a reconnu implicitement le statut cultuel de deux associations locales des Témoins de Jéhovah à Clamecy (Nièvre) et à Riom (Puy-de-Dôme), estimant qu'elles pouvaient bénéficier de l'exonération de la taxe foncière pour les lieux de culte consentie aux associations cultuelles, puisqu'aucun acte délictueux ne pouvait leur être reproché. En effet, selon la jurisprudence administrative, une association peut être reconnue comme cultuelle à deux conditions : qu'elle ait pour objet exclusif l'exercice du culte et qu'elle ne porte pas atteinte à l'ordre public.

 

Les principaux reproches adressés aux Témoins de Jéhovah concernent leur refus de la transfusion sanguine. Or, le bureau des cultes rappelle que, dans un arrêt du 16 août 2002, le Conseil d'Etat a estimé que "le refus de recevoir une transfusion sanguine constitue l'exercice d'une liberté fondamentale". Il s'appuie aussi sur les dispositions de la loi Kouchner du 4 mars 2002 sur le droit des malades. "Le consentement du mineur ou du majeur sous tutelle doit être systématiquement recherché s'il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision", dit ce texte.

 

"LIBERTÉ DE CONSCIENCE"

 

Le refus de la transfusion sanguine ne soulèverait donc plus de difficultés en termes juridiques, selon le bureau des cultes. Depuis peu, la Caisse d'assurance-vieillesse, invalidité, et maladie des cultes (Cavimac), qui assure notamment la couverture sociale des prêtres catholiques, a accepté d'assurer 700 ministres du culte des Témoins de Jéhovah.

 

Le chef du bureau des cultes a eu l'occasion d'exprimer le point de vue de l'administration, mardi 17 octobre, devant la commission parlementaire. Son intervention a provoqué des réactions très vives. "Nous sommes atterrés, a réagi Martine David (PS, Rhône). Vous donnez le sentiment d'être imperméable aux témoignages des anciens adeptes et à la maltraitance psychologique des enfants." "On ne m'a jamais avancé de dossiers précis sur des cas de maltraitance chez les Témoins de Jéhovah au cours de ces dernières années", a répondu M. Leschi.

 

"Dans ce que vous dites, j'entends une reconnaissance officielle des Témoins de Jéhovah, s'est indigné M. Fenech. Vous êtes en train de nous dire que cette organisation est devenue la cinquième religion de France !" Quant au député Alain Gest (UMP, Somme), il a reproché au chef du bureau des cultes, qui disait ne pas devoir porter de jugement sur les croyances, de "mettre sur le même plan les religions et les sectes".

 

Dans son exposé, M. Leschi s'en est pris à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), l'accusant d'"approximation". "Le ministère de l'intérieur est parfois accusé de sous-estimer le trouble à l'ordre public que généreraient 'par nature' certains mouvements, focalisant ainsi l'attention de la Miviludes, a-t-il expliqué. Je veux parler de mouvements qui, pour certains, ont des décennies, voire des siècles d'existence et sont issus de grands courants spirituels ou s'y rattachent, comme les Frères de Plymouth (un groupe fondamentaliste protestant), les Témoins de Jéhovah, et, depuis quelques mois, les Loubavitch, qui sont l'expression d'une vieille tradition du hassidisme juif. (...) Je crains fort que cette stigmatisation (...) ne constitue à terme des troubles à l'ordre public, ou pour le moins des manifestations d'intolérance à l'égard de l'une des libertés les plus fondamentales de tout homme et de tout citoyen : la liberté de conscience."

 

Xavier Ternisien

 

Article paru dans l'édition du 20.10.06.

 

Source:

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-825305@51-896898,0.html

Les membres de Commission d'Enquête Parlementaire s'indigne du témoignage d'un membre important de l'admistration !!!

A t'il menti sous serment ou bien que le fait de dire la vérité est insupportable pour certains politiciens... qui se prétendent impartiaux ?

Bizarre, bizarre .. ce n'est plus une enquête c'est un jugement avec beaucoup de préjugés et malheur aux contestataires!

france, pays des Droits de l'Homme ... oui ! Mais aussi, souvent,  pays de la rumeur!

 

 

Soyez un "bon" électeur !

Mais ne prétendez pas à être éligible !

Ce serait de l'outrecuidance!

Sur l’usage que certains hommes politiques font de l’accusation d’irresponsabilité lancée contre les profanes qui veulent se mêler de la politique : supportant mal l’intrusion des profanes dans le cercle sacré des politiques, ils rappellent à l’ordre comme les clercs rappellent les laïcs à leur illégitimité.

Par exemple, au moment de la réforme, un des problèmes venait que ce les femmes voulaient dire la messe ou donner l’extrême onction. Les clercs défendaient ce que Max Weber appelle leur « monopole de la manipulation légitime des biens de salut » et dénonçaient l’exercice illégal de la religion.

Quand on dit à un simple citoyen qu’il est irresponsable politiquement, on l’accuse d’exercice illégal de la politique. Une des vertus de ces irresponsables – dont je suis – est de faire apparaître un présupposé tacite de l’ordre politique, à savoir que les profanes en sont exclus.

La candidature de Coluche fut l’un de ces actes irresponsables. Je rappelle que Coluche n’était pas vraiment candidat mais se disait candidat à la candidature pour rappeler que n’importe qui pouvait être candidat. Tout le champ médiatico-politique s’était mobilisé, par-delà toutes les différences, pour condamner cette barbarie radicale qui consistait à mettre en question le présupposé fondamental, à savoir que seuls les politiques peuvent parler politique. Seuls les politiques ont compétence (c’est un mot très important, à la fois technique et juridique) pour parler de politique. Il leur appartient de parler de politique.

La politique leur appartient. Voilà une proposition tacite qui est inscrite dans l’existence du champ politique.

                                                                                Pierre Bourdieu

                                                     

La réalité des mots est crue, est cruelle !

Serait il possible que ce que je dis me soit  insupportable !?

Réflexion

 PORTRAIT D’UN PRATICIEN PHILOSOPHIQUE  

Par Cyrille Richard, animateur de débats philosophiques à l’école et dans la cité,

 Institut de Pratiques Philosophiques (Argenteuil, Val d’Oise)

 Le discours de la méthode n’est pas l’unique clé de la pratique philosophique. Lire et écouter s’exposer les différents modes de pratique, comprendre les enjeux sociétaux, scolaires et scientifiques ne font qu’éloigner du principe premier, de la vérité de la pratique philosophique, ce sans quoi il n’est rien : le praticien. Praticien : celui qui connaît la pratique d’un art ou d’une technique. Distinction essentielle qui oppose l’artiste à l’artisan, le transmissible à l’intransmissible, et qui est au cœur le plus intime de ce qu’est un praticien. Car il y a différentes méthodes de pratiques, il y a donc transmission. Mais doit-on réduire le praticien à une simple compétence, fusse-t-elle multiple, à une pure technique, fusse-t-elle savante, au mouvement d’une machine sans âme ? Tel est l’un des enjeux de mon propos. Le praticien est aussi celui qui exerce et soigne au contraire de celui qui cherche. Transposition médicale que je m’approprie afin de mettre en lumière l’opposition majeure qui habite - qui hante plutôt - le praticien. Il doit être l’un, mais ne peut pas faire le sacrifice de l’autre : il pratique, mais cette pratique périrait sans recherche. Plus encore, pour certains, la pratique est la forme fondatrice de la recherche. Quant aux soins qu’il prodiguerait, qui peut en apporter la preuve plus que le témoignage ? Ou chercher un principe thérapeutique dans cette pratique ? Rien de l’exposé de son rôle, ni l’analyse de l’emploi de différentes méthodes ne permettent de répondre à la question première : quel est le sens d’être praticien ? Est-ce un choix ? Est-ce un passe-temps, un simple loisir dans une société les multipliant ? Qui sont ces femmes et ces hommes mettant en pratique la philosophie ?

À peine esquissé, le portrait du praticien est déjà tendu de contraires forts et ancestraux. Qui est ce personnage abritant une chose et son contraire ? Paradoxe irrésolu pour certains, simple animateur pour d’autres, vulgarisateur grossier ou charlatan, c’est sur les épaules même du praticien que portent les critiques les plus acerbes, les plus fallacieuses, mais aussi les plus pertinentes. Il est temps d’ôter le masque de la méthode du visage du praticien et de regarder dedans. La méthode est le phénomène du praticien, un simple effet, un outil adapté à celui qui l’emploie et à la tâche qu’il doit accomplir. Alors cessons d’exercer une divination de l’être par ses outils, et cherchons dans le creux du masque les qualités qui doivent être nécessairement les siennes.

 J’aborderai quatre points : la vertu de la cruauté, la place de l’étranger, le dramaturge et le shaman.

LA VERTU DE LA CRUAUTÉ

 Penser une vertu à la cruauté est la première de toutes les exigences nécessaires afin de comprendre le portrait du praticien. La cruauté est le chemin nécessaire du vrai. Et il est du rôle du praticien de marcher sur le chemin du Vrai lors d’un atelier, et d’y entraîner les participants avec lui. La cruauté convoquée par le praticien est d’une nature double : la première forme en est le doute permanent face au discours, incarner le banquier nietzschéen qui n’encaisse que de l’argent comptant. La promesse du sens à venir n’a aucune valeur aux yeux du praticien. La deuxième forme de cruauté est celle de la logique, du lien substantiel, de la concision, tous au profit d’une clarté despotique. La cruauté est de voir le vide d’un discours, de voir l’absence de liens entre deux affirmations, de voir et dire ce que les choses sont, pour elles-mêmes, hors de toute nécessité interprétative. La cruauté devient vertu quand le vide est dévoilé, l’absence de liens éclairée, la confusion d’un discours arraché au leurre d’une fausse exhaustivité, car elle impose le critère impérieux du vrai.

 Cette cruauté est la première essence du praticien, un noyau impénétrable et sans reflet. Hors de cette cruauté, le principe même de l’atelier philosophique est galvaudé. Antonin Artaud annonce de son côté un théâtre de la cruauté. Il en fut très durement critiqué. Pourtant, pour lui, je le cite : « Du point de vue de l’esprit (la) cruauté signifie rigueur, application et décision implacable, détermination irréversible et absolue ». Nous sommes dans ces mots immédiatement en présence de la raison d’être de la pratique. Pourrions-nous, oserions-nous penser l’objet philosophie avec d’autres mots que ceux d’Antonin Artaud ? Quelle serait alors cette philosophie vidée de rigueur, de décision implacable et de détermination irréversible et absolue ?

 Ainsi, le praticien qui ne ferait pas sienne cette cruauté n’est pas un praticien philosophique, il n’est pas celui qui voit et dévoile, il se réduit à une animation complaisante du groupe, à une mollesse intellectuelle au bénéfice d’un statut social et convivial. Le praticien se résume alors au semblable, à l’ordinaire, et annihile ainsi la réelle profondeur de l’atelier, anéantit tout bénéfice possible, toute création de richesses, aussi bien pour lui que pour les participants. Dès lors, le praticien compatissant emprunte un statut professoral d’érudit, d’historien ou de grammairien, présupposant le vide chez les participants pour l’emplir. En aucun cas ce statut professoral ne doit se confondre avec celui du praticien : le praticien travaille le plein pour mettre à jour le vide, les interstices, les ruptures et les contradictions. Le praticien est un chercheur de faille, un chasseur de dysfonctionnement logique, un traqueur de vide.

 Nous venons de voir naître le bénéfice issu de la cruauté. Mais il est aussi une chose qui périt. Ce qui meurt dans la nécessité de cette cruauté est l’aspect commun du praticien d’avec les participants. Cette perte rompt tout principe sympathique, car personne ne peut ou ne veut se reconnaître en lui, se réclamer de la même nature, et donc ne peut en rien partager un quelconque sentiment, une quelconque émotion avec lui. La cruauté hissée en étendard par le praticien est une lame à double tranchant, car la cruauté originelle est celle qu’il s’applique afin d’être praticien. Il se soumet lui aussi aux mêmes contraintes inhumaines du doute et de la logique, mais seul, sans l’aide du groupe, dans le silence de son esprit.

 Oser la vertueuse cruauté de la logique au service du vrai est un sommet de cruauté humaine, car il écarte des chemins habituellement empruntés par les autres humains. Le praticien empruntant cette voie nécessaire est seul au-devant du monde.

  

 

 

 

 

 

 

LA PLACE DE L’ÉTRANGER

 Le mot étranger résonne d’un double sens : l’étrange, ce qui n’en finit pas d’être singulier et curieux, mais également terrible et épouvantable d’une part, et d’autre part l’étranger, celui qui est d’une autre nation, n’appartient pas au groupe de référence, celui qui n’est pas connu. Étrangeté, inconnu, exclusion du référent ordinaire mais aussi épouvante, voilà encore des qualités nécessaires au praticien.

 Malgré une apparence commune, presque banale, car le praticien est monsieur tout le monde, le fameux « même » sans distinction ni distance, il est dans le même temps cet étranger épuré, capable de questionner les piliers de l’opinion, d’oser dévoiler le discontinu là où tous jurent d’un vrai monolithique. Le statut d’étranger oblige le praticien à la découverte d’un monde ignoré et de ses institutions. L’Institué, ce qui est établi et légitimé, est masqué par un aveuglement total à l’autochtone ; donc seul le statut d’étranger face à l’Institué du monde ouvre au questionnement fort et vrai. Ce questionnement impossible aux natifs leur est un objet d’épouvante, faisant craindre l’effondrement et la destitution de l’objet auquel il s’applique. Mais tel n’est pas le rôle de l’étranger, il n’est pas un levier révolutionnaire : il questionne et part déjà vers un autre lieu du monde, vers d’autres Institués à découvrir et à questionner. Là encore, c’est en étranger que le praticien sera accueilli. Il doit être un étranger en tout lieu. En cela, et c’est une des grandes difficultés de ce statut, il n’est plus jamais chez lui nulle part. Être étranger en tout point, c’est renoncer à l’idée de foyer et vivre comme un exilé. Car il est étranger où qu’il aille, questionnant, observant d’un œil cruel et innocent, il n’est jamais dans le repos d’un monde familier. Mais la question n’aura de cesse que d’être posée : d’où vient cet absolu étranger ? Ni d’ici, ni d’à côté, ni de plus loin encore. Il est d’un Ailleurs curieux d’abstraction. Il est aux limites du monde, souvent banni d’une forme sociale d’humanité, car sa posture le projette dans le regard de l’autre aux portes d’une folie.

 Endosser ce statut d’étranger est la marque de l’être même du praticien. Il accepte la perte du confort grégaire dans le seul but de marcher vers la vertu qu’il sait être la plus haute.

 Ainsi, le praticien, cet étranger, infatigable et intarissable questionneur, opère bien plus de la déconstruction et de l’impuissance que de l’affirmation systémique et de la promesse de la Foi. Il érige le silence et l’aporie, la rupture et le vide comme des indicateurs d’une pensée qui perd sa forme, d’une pensée épurée d’Institué, la pensée d’un étranger à soi-même. Dans ces mots se résume le deuxième fondement du praticien : ne pas accepter la pollution de ses propres opinions sur la pensée. Il se retire en lui-même, dans une retraite silencieuse, afin de pouvoir pleinement questionner, sans connivence, ni parti pris. Durant l’atelier, il abandonne son identité, créant un vide et convoque l’altérité, l’étranger en lui. Le praticien est un homme sachant remiser sa personne dans l’ombre, et se confronter au monde sous les traits inconnus de l’être étranger.

 

 

 

 

 

 

 

LE DRAMATURGE

 L’atelier philosophique est un lieu théâtral : une scène où se nouent et dénouent des intrigues, des tensions de pensée, et où tous les participants sont acteurs. Le rôle du praticien est de révéler la force et d’organiser la matière produite. Car il n’écrit pas les répliques, il est uniquement un metteur en scène, un dramaturge en ce sens où il possède l’art de la composition dramatique. Il est nécessaire au praticien de tendre ou de détendre le fil de la saynète qu’est chaque atelier, dans l’unique but de mettre en lumière donc en valeur un concept, une problématique, un enjeu important. Ainsi, le praticien joue du mode même de l’atelier pour y introduire au moment qu’il juge opportun un interstice comique, plus léger, entre deux instants où la dramaturgie est plus présente. Le but de cette dramaturgie n’est pas tant de proposer uniquement une forme ludique (qui bien souvent échappe aux participants) mais de créer un relief, une perspective qui organise la pensée, créant une articulation visible et une axiologie directement issue des propos des participants. Par sa position extérieure à la création pure, le praticien est le garant des unités ouvrant au sens : unité de thème, unité d’outil, unité de mode (qui renvoie à la forme spécifique de l’atelier).  

Lors de l’atelier philosophique, le praticien a le rôle paradoxal du dramaturge présent sur scène au milieu d’acteurs bien qu’il n’en fût pas un, mettant en scène en temps réel les répliques non connues par avance des participants. À ce titre, il est le rôle nécessaire, sans en être le principal, de la pièce qu’est chaque atelier. Il oblige les acteurs à ne pas errer sur cette scène, à découvrir un sens aux pas symboliques de leurs discours. Et curieusement, bien que non-acteur, le praticien n’en est pas moins un personnage, car il vit dans l’unique lieu du théâtre de l’atelier philosophique. Le statut créatif du praticien est essentiel à la compréhension de son portrait. Il est devant la nécessité de recréation permanente de son personnage, des contraintes à imposer pour donner forme à l’atelier. Tout atelier est autre, donc différent du précédent et du suivant, non pas du fait du contenu, mais de sa forme dramatique, celle qui est à modeler par le praticien.

Pour autant, le principe de l’atelier n’est pas spectaculaire : l’atelier philosophique est une répétition unique d’une pièce qui ne sera jamais jouée, elle reste en l’état d’inachèvement, d’ébauche, de travail en cours. Le praticien doit accepter les imperfections nécessaires à cette forme du travail de la pensée : un brouillon construit par une multitude que la relecture n’uniformisera pas. Le praticien doit être à la fois exigeant quant à la direction des acteurs participants, et tolérant quant à la forme finale. Ainsi, le praticien sait que l’atelier philosophique n’a pas d’autre finalité que son déroulement, et ne peut pas avoir d’autre forme dernière que celle d’une esquisse vertigineuse et insatisfaisante.

Ce dramaturge philosophique qu’est le praticien sait que la puissance de l’atelier est dans le présent de son action, seule unité de temps limité et disponible. Il lui est nécessaire de faire le deuil de l’atelier parfait, cette pièce absolue dont il serait le dramaturge invisible, absent, mais reconnu et revendiqué. Le cœur de l’atelier philosophique est le théâtre où se joue la permanence des répétitions, une somme de brouillons et de ratures qui n’égalera jamais un soir de première, lui étant toujours supérieur, car nous touchons au vivant, à l’inconclu, au mouvement de la pensée, au contraire d’un spectacle donné dans toute sa fixité, la cristallisation de sa puissance.

 

 

 

LE SHAMAN

Le shaman est la dernière et première nature du praticien, la limite de l’indicible, la marque d’un au-delà où la pensée se rompt, car le shaman est le premier sage historique de l’humanité. Rien en ce domaine ne lui fut précédent. Dans l’ombre temporelle du shaman, il n’est que bruit stérile du néant, notre nuit d’avant l’humain. Tous, philosophes, savants, prêtres et médecins, ont dans leurs généalogies un ancêtre commun : le shaman.

Nous touchons à la clé de voûte, point maximum de tension du portrait du praticien. La première mise en garde est de ne pas laisser le vertige mystique nous emporter, de ne pas s’arc-bouter contre le romantisme ambiant d’une néo-conscience et de laisser ces notions inadéquates car folkloriques et pittoresques nous traverser. L’essence du shaman, au contraire de l’étranger, tient en ces mots : celui qui sait. Quel est l’objet d’un tel savoir que les autres ignorent nécessairement ? Le savoir du shaman est la connaissance de sa nature double, métaphysique et physique, d’être un homme posant un pied dans chaque monde. Ainsi, le shaman s’oppose à tous ceux qui sont d’une nature unitaire ainsi qu’à ceux ignorants de leurs réalités doubles. Tous les autres savoirs du shaman découlent de ce savoir premier. Sa nature métaphysique est l’altérité de sa conscience, condition nécessaire au dialogue avec le monde immatériel des esprits. La nature physique du shaman est celle du corps et du présent, d’un monde de connaissances : vertus médicinales des plantes et maîtrise du feu. Il est à la fois l’homme plein et l’homme creux.

 La nature métaphysique du praticien philosophique s’exprime par sa capacité à réduire sa personne au silence et convoquer l’étranger en lui. Sa nature métaphysique se confirme dans la nécessité d’incarner dans la réalité la valeur abstraite de la logique. A ces titres, le praticien est un pont entre les mondes : celui de la matière reine et celui des objets abstraits, des idées. La force d’un praticien est d’être empruntée par les participants de l’atelier afin d’accéder au monde des idées. La nature physique du praticien est celle du savoir : méthodes et connaissances philosophiques nécessaires au bon fonctionnement de l’atelier dont il a la charge. Ainsi, shaman et praticien sont d’une même nature double : métaphysique et physique.

Affirmer le lien naturel entre le praticien philosophique et le shaman est un geste volontaire marqué d’un retour à l’origine qui revendique la pratique philosophique comme fille légitime de la mère de toutes les sagesses. Le praticien est exemplaire d’anachronisme, par sa culture de l’impuissance et de l’ébauche au cœur d’une société fondée sur la toute-puissance et le spectacle permanent. Mais la vérité du praticien est d’être atemporel. À l’identique du shaman, il est le signifiant d’humanité cherchant, doutant dans ses mots. Archaïque et permanent d’inactualité, tel est le trait temporel du praticien, shaman philosophique.

 La communauté d’entre eux se poursuit. À l’identique du shaman guérisseur, le praticien soigne : si la philosophie est un soin de l’âme comme l’aiment à penser les anciens, j’affirme que ce n’est pas dans son étude, profondeur morte, mais dans sa pratique, dans le moment où la vie et la philosophie sont en prise l’une contre l’autre, tentant dans un grincement mental de s’articuler sans rompre. Là est le soin que prodigue la philosophie. Alors le praticien joue son rôle le plus creux possible afin de laisser place à la confrontation immédiate du participant et de la philosophie.

À l’identique des shamans ancestraux, le praticien philosophique maîtrise le feu cruel, le manipule et n’en souffre pas. Pour cela, le praticien doit pour le moins être en compte avec sa propre douleur, faute de quoi il risque de s’exposer à un retour de flammes et de s’embraser sous la morsure d’une question ravivant chez lui une souffrance insoupçonnée. Ainsi, nul ne peut devenir praticien ou shaman avant que d’avoir découvert la vision terrifiante de la fêlure de son être.

Plus qu’un atelier, plus qu’une répétition théâtrale, il faut maintenant observer la pratique philosophique comme un rituel, le temps de la convocation de forces immatérielles dans le monde : la logique et le soi. Le praticien est celui qui convoque, par sa nature même, en lui mais aussi en chaque participant, arrachant au quotidien, à la matière et au rythme de la vie. Il crée un lieu où le temps s’efface, où la vie s’arrête, afin que chaque participant puisse abolir sa nature unitaire ou découvrir sa nature double, et contempler dans une nouvelle perspective de pensée la réalité de l’existence de deux mondes.

 

 

B. Pascal disait : vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà !

Aujourd'hui, l'on peut reprendre cette maxime en :  Vérité à Moscou et Paris, erreur à la Cour Européenne des Droits de l'Homme!

CEDH

 

L'Eglise de scientologie gagne un procès contre Moscou

NOUVELOBS.COM | 05.04.2007 | 18:58

 

 

Dans le conflit qui opposait la Russie aux scientologues de Moscou, la justice européenne a tranché en faveur de l'Eglise. Entre 1998 et 2005, onze demandes d'immatriculation avaient été refusées.

 

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné jeudi 5 avril la Russie, dans un conflit qui l'opposait à l'Eglise de scientologie de Moscou. Cette dernière protestait contre le refus persistant d'immatriculation. Onze sollicitations ont été effectuées entre 1998 et 2005. La justice européenne a considéré que la Russie avait violé l'article 9 relatif à la liberté de pensée, de conscience et de religion, et l'article 11, concernant la liberté de réunion et d'association, de la Convention européenne des droits de l'Homme. Les tribunaux russes se sont défendus en avançant que l'Eglise n'avait "aucune base légale", et n'avait pas fourni les documents originaux.
La CEDH a répondu qu' "il incombait aux tribunaux russes de fournir à l'Eglise requérante des indications précises sur la manière dont elle devait procéder pour établir un dossier complet et conforme aux exigences en question". La cour a décidé d'allouer à l'Eglise de scientologie de Moscou dix mille euros pour dommage moral, et quinze mille euros pour frais et dépens.

 Source :

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/

20070405.OBS0789/leglise_de_scientologie_gagneun_

proces_contre_moscou.html?idfx=RSS_notr

 

 La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme serait elle devenue de l'Hébreu en France et à Moscou ces dernières décennies ?

Choking !!!

 

 

Réflexion

 PHILOSOPHER, C’EST SE RÉCONCILIER AVEC SA PROPRE PAROLE

 

 

Par Oscar Brenifier, Docteur en philosophie et Formateur (ateliers de philosophie et philosophie pour enfants) — http://www.brenifier.com

 

Une des tâches principales de la pratique philosophique est d’inviter le sujet à se réconcilier avec son propre discours. Cette affirmation paraîtra étrange à certains, mais la plupart des personnes qui parlent n’aiment pas ce qu’elles disent, voire ne le supportent pas. « Comment cela ! », rétorqueront les objecteurs, « La plupart des personnes parlent, et parlent même beaucoup ! ». Indéniable constat : il n’est qu’à s’installer dans un lieu public et entendre le brouhaha des conversations pour s’en apercevoir. Il est vrai en effet que la majorité des personnes parlent, et nous dirions même qu’elles se sentent obligées de parler. Une sorte de compulsion est à l’œuvre, à la fois parce qu’elles veulent dire, elles veulent s’exprimer, et parce qu’elles ne supportent pas le silence. Le silence est suspect, il pèse, il est d’apparence triste ; il faut une très grande confiance en quelqu’un pou accepter le silence en sa compagnie, ou une bonne raison, sans quoi il signifie un certain désintérêt, une rupture de dialogue, voire un conflit. Aussi les personnes parlent, en général elles parlent de n’importe quoi : du temps, des évènements, des aléas de sa petite vie, on échange des civilités, des lieux communs, et lorsque la discussion va plus avant, on se fait parfois des confidences intimes, on se révèle de petits secrets, ou l’on se fait part d’une douleur plus personnelle, voire inavouable. Néanmoins un premier soupçon s’impose à notre esprit quant à notre plaisir de « parler » lorsque la discussion s’emballe à propos d’un désaccord. Les esprits se cabrent, s’échauffent, se braquent, s’énervent, deviennent violents ou prennent une tournure acrimonieuse. Si nous n’étions aussi habitués à ce type de virage vers la virulence nous  pourrions nous en étonner :  « Tiens ! Ils découvrent enfin une idée qui compte, quelque thème qui semblent les intéresser, de plus comme ils ne partagent pas le même avis, ils peuvent en discuter, pourquoi semblent-ils donc vivre ce désaccord comme un désagrément ou comme un moment douloureux ? » Il faut éviter les discussions qui fâchent proclame la sagesse populaire, ce qui peut signifier en gros tous les sujets importants, ceux qui nous tiennent à cœur, pour s’en tenir aux échanges formels, moins passionnants, certes, mais aussi moins risqués. 

 

 

AVOIR RAISON  

 

Quel est le problème ici ? Chacun prétend avoir raison. Or on ne réfléchit pas assez au sens que peut détenir l’idée d’ « avoir raison », et pourquoi elle nous tient tant à cœur. On expliquera tour à tour que c’est une question de confrontation à son semblable, de lutte, de pouvoir ou autre, et c’est l’image de soi qui constituera l’enjeu de cette lutte, explication qui contient sans aucun doute sa part de vérité. Mais ce qui nous intéresse ici est un autre versant de cette affaire, qui n’est pas sans lien avec les intuitions précédentes : l’hypothèse selon laquelle l’être humain dans le fond apprécie peu sa propre parole, ce qui expliquerait aussi bien les difficultés de la discussion que la facilité de son glissement vers des tournures déplaisantes. En effet, si une personne aimait un tant soi peu sa propre parole, si elle était confiante en ses propres mots, pourquoi s’inquièterait-elle tant d’être reconnue par son voisin ? Voudrait-elle de manière aussi insistante obtenir quoi que ce soit de son  interlocuteur ? Ici, nous mettrons à l’écart les discussions qui ont un but bien défini, telles celles qui par conviction ou par souci pratique ont  besoin de convaincre l’autre, car la discussion dès lors n’est pas libre : elle n’est pas sa propre finalité, elle désire explicitement un objet sans lequel la discussion n’aurait pas lieu d’être, la finalité en est précise et bien affirmée. Bien que nous pensions qu’indirectement, nous recherchons toujours quelque chose, puisque nous souhaitons en général obtenir une forme ou une autre d’adhésion de la personne à laquelle nous parlons. Mais la question est de savoir pourquoi.  Dans notre perspective, nous y percevons le mécanisme de la « reine mère », la marâtre de Blanche Neige. « Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle ! ». Si la reine mère appréciait tant sa propre beauté, qu’aurait-elle besoin de demander au miroir si elle est la plus belle, qu’aurait-elle besoin de se comparer, quel souci aurait-elle de cette pauvre Blanche Neige ? Évidemment, il existe un rapport certain entre le fait de trouver beau et le fait d’aimer, que ce soit l’autre ou soi-même, et tout comme le met déjà en œuvre Platon dans le Banquet, il est malaisé de savoir si vient d’abord le beau ou bien l’amour. Aimons-nous parce que  c’est beau, ou trouvons-nous beau parce que nous aimons ? Et pour en revenir à la parole que nous mettons en question, qu’en est-il ? Est-ce que je trouve ma parole laide parce que je ne m’aime pas ? Ou bien, est-ce que je ne m’aime pas parce que je trouve ma parole laide ? Nous laisserons sur ce point chacun trancher à sa guise sur cette sa thèse, ou encore les spécialistes en feront leur affaire. Quant à nous, en tant que philosophe praticien, plus soucieux dans le fond de la pensée en soi que de la subjectivité humaine, en dépit des liens qui les rattachent, nous nous demanderons tout comme au début de ce texte comment nous pourrions réconcilier le sujet avec sa propre parole. Non pas par souci de le rendre heureux ou par quelque projet eudémoniste, mais uniquement parce que s’il ne se réconcilie pas avec sa propre parole, il ne pourra pas penser.

 

 

PROTEGER LA PAROLE

 

Avant d’expliquer cette dernière phrase, précisons que pour nous, le fait de se réconcilier avec sa propre parole n’implique pas de la trouver merveilleuse, bien au contraire. L’extase devant sa propre parole est trop souvent l’expression narcissique d’une subjectivité exacerbée, d’un mal être, d’une absence de distance, d’une incapacité de regard critique. Un peu comme un parent qui tient à trouver son enfant merveilleux pour vivre par procuration un bonheur qu’il ne saurait trouver en lui-même. Se réconcilier avec sa propre parole, c’est accepter de la voir comme elle est, de la prendre pour ce qu’elle est, de ne pas lui attribuer des vertus qu’elle ne manifeste guère, ni tenter de la protéger du regard d’autrui, à travers la « timidité » ou une argumentation excessive emplie de « ce que je voulais dire » et de « vous ne me comprenez pas ».  Se réconcilier avec sa propre parole, c’est accepter d’entendre les mots tels qu’ils sonnent aux oreilles d’autrui, c’est faire le deuil d’un sens qui est visiblement absent de la formulation telle qu’elle est forgée, c’est désirer voir les béances, les ruptures et les trahisons des mots qui ont été prononcés, c’est accepter la brutalité des mots. Ne serait-ce que parce que les mots que nous avons prononcés nous en disent plus sur que nous pensons et sur ce que nous sommes que toutes les paroles que nous avons encore envie d’exprimer. 

 

Protéger sa parole est d’ailleurs une des motivations premières de ce que nous nommons couramment timidité, hâtivement et par facilité. En effet, bon nombre de ces « timides » sont en fait des personnes qui ont une très haute opinion de ce qu’elles ont à dire, mais qui craignent surtout que les « autres », ceux qui les écoutent, ne partagent pas cette admiration pour leurs propres paroles. Elles considèrent donc plus sûr et moins périlleux de s’abstenir de parler afin de conserver cette apparence de génie, au simple bénéfice du doute, car on peut attribuer toutes les vertus au sphinx, tant qu’il n’a pas parlé. Mais plus encore, si elles craignent l’analyse critique de leurs paroles, c’est qu’elles ignorent ou fuient cette pratique envers elles-mêmes. À l’instar des grands inspirés, elles pensent être dans le vrai sans même prononcer une seule parole, et sans en être véritablement conscientes, elles sont plus attachées à un prétendu « fond » illusoire de leur pensée qu’à leurs propres mots. Ainsi, elles tenteront d’éviter la critique de leur parole en se référant à ce qu’elles voulaient dire, ou bien elles abandonneront ou renieront leurs paroles de manière abrupte pour se replier dans leur for intérieur, ou en se lançant dans un discours sans fin. Mais elles n’accepteront jamais de prendre leurs propres paroles comme la substance même de leur pensée : ce serait trop s’exposer.   

 

 

      

 

PRENDRE LE RISQUE DE PENSER

 

Profitons un instant de l’antinomie que nous avons identifiée chez notre timide. En opposant le « fond » de la pensée à des idées déjà exprimées, nous opposons de fait l’infini au fini, car nous opposons la toute puissance du virtuel à la finitude du concret, le potentiel indéterminé à la détermination de ce qui est déjà actualisé. Le virtuel peut tout, tout est possible, tout peut encore être dit, tandis que le concret est là, bien présent, engagé dans l’altérité du réel, ancré dans le temps et l’espace. La parole qui est dite est dite, elle est car elle est spécifique, elle engage une parole formée, un mode d’être, une perspective particulière. On peut toujours l’interpréter, la réinterpréter, la surinterpréter, on peut lui faire dire tout ce que l’on veut, ne serait-ce qu’en prétendant qu’elle n’est pas terminée, mais malgré tout, elle affiche déjà quelque chose de particulier, et à moins de recourir à la plus totale mauvaise foi — ce qui est loin d’être rare ou exclu —, on ne pourra pas lui faire dire n’importe quoi ou la transformer dans le contraire de ce qu’elle dit déjà. C’est d’ailleurs cette exclusion qui gêne : le fait qu’en affirmant, quoi que ce soit qu’elle affirme, cette phrase entraîne nécessairement une négation, comme nous l’enseigne Spinoza. Tout ce qui affirme, du fait même de l’affirmation, nie. Elle nie soit par commission : elle refuse le contraire de ce qu’elle affirme. Ou encore elle nie par omission, en oubliant de dire certaines choses, en les reléguant au second plan. Mais plus d’un locuteur se démènera autant qu’il peut pour refuser cette dimension négative de la parole, en particulier la seconde, plus facile à occulter, en se réfugiant dans la « totalité » de sa pensée, dans ce qu’il pourrait encore dire.

 

En ce sens, accepter sa parole ou ses mots comme l’expression de sa pensée, plus encore comme la substance même de la pensée (Hegel), ou comme les limites de la pensée (Wittgenstein), est l’équivalent psychologique ou philosophique d’accepter ce que nous avons fait, ce que nous avons accompli, comme la réalité de ce que nous sommes (Sartre). En effet, on peut toujours se réfugier dans « ce que nous pourrions être », « ce que nous aurions pu être », « ce que nous voudrions être », « ce que l’on nous a empêché d’être », « ce que nous avons été », « ce que nous serons », et ces différentes dimensions virtuelles de l’être ou de l’existence ont certes un sens et une réalité, mais elles peuvent aussi facilement représenter une sorte d’alibi, de refuge, de forteresse, pour ne pas voir et assumer ce que nous sommes. Le passé, le futur, le conditionnel, le possible ou même l’impossible constituent autant de replis pour occulter le présent et l’actuel. Et si nous ne demandons nullement d’occulter ou même de sous-estimer ces diverses dimensions, qui composent à leur manière la richesse de l’être et sa liberté de concevoir, nous souhaitons montrer le piège qu’elles représentent, et mettre en garde contre l’utilisation abusive de cette multiplicité. Car si l’on abuse du présent au détriment du passé, du futur ou du conditionnel en ce qui a trait à la satisfaction des désirs et à la quête du plaisir, on l’occulte très facilement et couramment en ce qui concerne la réalité de notre parole.

 

 

MALTRAITER LA PAROLE

 

Venons-en à ce qui pourrait donc menacer cette parole craintive. Deux critiques fondamentales sont identifiées de manière très judicieuse par les sophistes contre Socrate, dans sa manière de discuter, ou plutôt de questionner. Premièrement, « Tu me forces à dire ce que je ne veux pas dire ». Car Socrate, à l’oreille aguerrie, entend ce que dit et ce que nie une phrase ou une autre, et exige de son interlocuteur une interruption, un arrêt sur image, afin qu’il rende des comptes sur cette phrase, afin qu’il se rende compte de sa phrase. Rendre compte devient d’ailleurs pratiquement pour lui la définition du penser, ou du philosopher, car raisonner, c’est bien donner les raisons de quelque chose. Il invite donc son interlocuteur à retrouver la genèse pour ne pas dire l’archéologie de son propos, pour en saisir le sens et la réalité. Non pas une genèse singulière, celle de l’intention du locuteur, mais la genèse du sens, l’universalité du terme. Or cette réalité, visible à travers les mots, est très souvent oubliée ou niée par l’auteur des mots, simplement parce qu’il n’est pas prêt à en accepter la réalité au-delà de l’intention spécifique qui le poussait à les prononcer. Intention qui – hélas pour lui ! – n’est qu’une partie infime et limitée de la réalité mise de l’avant à travers ces paroles : l’intention est réductrice. Et bizarrement, l’auditeur attentif, étranger à l’intention des mots, percevra mieux cette réalité « objective » de la parole, puisque lui n’est pas animé et aveugle par le désir particulier qui l’a motivé. Mais le locuteur, bien entendu, refusera souvent l’interprétation de l’auditeur, qu’il considèrera souvent comme intempestive et intrusive, voire illégitime et aliénante. Il se considérera comme l’unique détenteur du sens de ses propres mots, il prétendra confisquer toute interprétation à la faveur de sa sacro-sainte intention. Comme si notre parole était réductible au simple sens que nous prétendons lui accorder, souvent de manière biaisée et absurde. Cet arrachement à soi, cette rupture de l’être entre un soi et la parole censée en être la projection, est le creuset même de la pratique socratique : sonder l’abyme de l’être, travailler l’anfractuosité qui constitue notre singularité morcelée. Comment ne pas se rebeller contre une intervention aussi abusive, contre une proposition aussi tendancieuse ? Perspective insupportable dans le psychologisme ambiant.

 

La seconde critique, tout à fait conforme à la première, est « Tu déchiquettes mon discours en petits morceaux ». Sentiment désagréable que suscite cette dissection au scalpel d’un ensemble prétendument harmonieux dans lequel nous avons mis tant d’effort et d’amour, petit morceau d’être individuel, brin gracieux de notre personne, joliment composé, assemblage que nous présentons au monde comme un échantillon choisi de nous-même. Et si notre mise en scène verbale nous laisse insatisfait, si nous ne le pensons pas à la véritable mesure de notre pensée ou pas totalement en adéquation avec elle, nous sommes plus sensible encore à l’analyse qu’autrui pourrait en faire, nous sommes plus nerveux quant au sort qu’il pourrait lui infliger. Et il est une bonne raison pour laquelle nous tendrons à être insatisfait de notre discours : elle est que nous tentons souvent de « tout dire » dans notre discours, « tout inclure », en tout cas nous le prétendons. Soit il s’agit de dire la vérité la plus intégrale de ce que nous pensons, soit en dire la totalité, l’intégralité, à travers l’énumération infinie et généralement confuse des causes et des circonstances. Nous tentons de couvrir tous les angles, de prévoir les objections et de prévenir les jugements critiques en parant notre parole de tous les paravents possibles, afin de la rendre imparable. Or que fait Socrate : il prend un petit bout de notre « chef d’œuvre », qu’il choisit de la manière la plus arbitraire ou incongrue, afin de l’examiner et le triturer dans tous les sens, ignorant totalement ce que nous avons pu affirmer en un autre moment, ne serait-ce que l’instant précédent. Il ignore l’étendue ou la beauté de notre discours et prétend nous questionner sur un aspect spécifique de ce que nous avons abordé, comme si nous n’avions rien dit d’autre, en exigeant de répondre pas une parole courte et précise, voire par un simple « oui et non », réduisant toute l’ampleur de notre pensée à un simple jugement : celui d’un assentiment ou d’un  refus à une idée particulière. Idée particulière qui s’emboîte bien sûr dans une sorte de piège infernal qui revient à la critique précédente : l’interlocuteur nous oblige à affirmer ce que nous n’avons pas dit et ne souhaitons pas dire. Il décontextualise la parole et demande ensuite de prendre position sur la radicalité de son sens.

 

 

INQUIÉTUDE DE LA PAROLE

 

On pourrait croire que c’est le fait de subir un abus interprétatif qui gêne le locuteur, soucieux que l’on ne fasse pas dire à ses paroles ce qu’il ne souhaitait pas dire, ou autre chose que ce qu’il souhaitait dire, mais il nous semble que l’affaire est plus profonde ou plus « grave » que cela. En effet, pour déstabiliser son interlocuteur, et chacun pourra en faire l’expérience, il suffit parfois de lui demander de répéter ce qu’il vient de dire en prenant un air intéressé « Tu peux répéter ce que tu viens de dire », et nous verrons notre homme prendre un air surpris et déjà commencer à se défendre, sans qu’on l’ait le moindrement critiqué. Bien souvent il ne répètera pas ce qu’il a dit, en premier lieu parce que lui-même n’a pas réellement fait attention à ses propres paroles, ce qui en soit est déjà significatif. Ou bien parce qu’il se sent menacé et il voudra dès lors se justifier plutôt que de reprendre les mots déjà prononcés, ou encore il transformera ses paroles initiales en commençant  sa phrase par « Ce que j’ai voulu dire »… Une sorte d’inquiétude ou même de panique l’envahit, sans pourtant que, objectivement, quoi que soit indique une quelconque critique. Bien qu’ici on puisse invoquer en guise d’explication ou de circonstance atténuante une sorte de traumatisme social. Les êtres humains font si peu de cas de la parole d’autrui, soit ils l’ignorent, simplement parce qu’ils ne se sentent pas concernés, soit ils la contestent parce leurs idées diffèrent de celles d’autrui, ou plus réducteur encore, ils les refusent simplement parce que ce sont les autres qui prononcent les paroles incriminées. C’est ainsi sans doute que fonctionne cette dynamique sociale, vecteur du traumatisme précédemment cité, chacun manquant de respect pour la parole d’autrui, tout locuteur est plus ou moins consciemment convaincu que son auditeur ne cherchera que l’occasion de le critiquer. Autre nuance à apporter dans notre affaire : la dimension culturelle. En effet, certaines cultures sont plus promptes à la critique que d’autres, mais celles chez qui la critique est considérée comme un manque à la bienséance et aux conventions sociales exprimeront leur réticences, leur mépris ou leur désintérêt soit par une reconnaissance polie, soit par l’expression manifeste d’un intérêt dont tout un chacun sait fondamentalement qu’elle est superficielle, éphémère, voire mensongère. Mais nous nous sommes aperçus que les sociétés où les manières sont les plus courtoises ne sont pas nécessairement celles ou règne le moins d’insécurité quant au statut de la parole individuelle. Disons que chaque groupement humain a ses manières bien à lui d’autoriser, de justifier ou même d’encourager la déconsidération d’autrui.

 

 

PENSER PAR AUTRUI

 

Revenons à Socrate. Bizarrement, il s’intéresse énormément à la parole d’autrui. Ajoutons même qu’il ne pourrait penser sans autrui. Sinon, on pourrait se demander pourquoi cet homme au visage si grotesque passait son temps à rechercher la compagnie de ses semblables principalement en vue de pratiquer le questionnement philosophique. N’avait-il rien de mieux à faire, cet homme à l’esprit agile et sagace ? Pourquoi perdre son temps avec n’importe qui, presque à propos de n’importe quoi ? Car certains des personnages que nous décrit Platon ne sont en effet guère reluisants, mais pour Socrate la quête de la vérité ne connaît guère de limites ni de présupposés établis. Tout est bon, lorsqu’il s’agit de débusquer le bien, le vrai ou le beau, et si obstacle il y a, cet obstacle devient le creuset même de l’être et de l’un.  Socrate veut-il faire œuvre de charité ? Milite-t-il pour une meilleure humanité ? S’ennuierait-il seul, engoncé dans une solitude philosophique, à l’instar du mythique philosophe de la caverne ? Veut-il convaincre ? Dans le fond, même la vérité n’est pour lui qu’un prétexte. Il lui faut chercher quelque chose qu’il ignore, sonder l’âme humaine, et si bien des philosophes sonderont la leur propre, lui se sent poussé par son « démon »  à explorer toutes celles qui passent, toutes à la fois plus prometteuses, plus décevantes et plus riches les unes que les autres. Il ne faut guère chercher ici de téléologie : Socrate ne cherche rien, tout simplement il cherche, il cherche à chercher.

 

Mais cette quête lui attire bien des ennuis. Déjà, parce que sans le vouloir et sans doute sans le savoir, ou sans vouloir le savoir, il rompt les codes établis. Trop occupé par son désir, aveuglé par sa passion, il ne sait rien ni ne voit rien, il n’existe plus : il cherche. Chien de chasse qui poursuit sa proie jusque dans son terrier, poisson torpille qui paralyse celui qui entre en contact avec lui, taon qui pique et harcèle celui qu’il approche : les métaphores percutantes ne manquent pas pour expliquer ou justifier son assassinat. La mort de Socrate, geste inaugural de la philosophie occidentale, n’est-elle pas totalement inévitable ? Mais pourquoi le fait de questionner autrui pourrait rendre sa présence aussi insupportable pour ses concitoyens athéniens, qui dans le mythe socratique ne représentent rien d’autre que l’être humain dans sa généralité ? Certes un tel personnage peut s’avérer à la longue fatigant à vivre, en particulier pour ses proches, mais pourquoi s’attirerait une telle haine ? Une haine qu’il ne s’attirerait sans doute pas s’il se contentait d’être en désaccord avec ses semblables, s’il ne faisait même que les invectiver, tels les cyniques. Mais le questionnement est – faut-il le croire - nettement plus corrosif que l’affirmation. Il s’intéresse de trop près à la parole de l’autre, et l’autre en vérité, contrairement à ce qu’il proclame souvent, ne souhaite pas que l’on s’intéresse de trop près à sa parole. Car l’accès est trop direct de sa parole à sa pensée, le lien est trop explicite entre sa pensée et son être. Et si l’individu met tout en œuvre depuis sa plus tendre enfance pour oublier sa propre finitude, son imperfection, son infirmité et son immoralité, ce n’est pas pour accepter qu’une sorte de pervers débarque et de manière irrespectueuse, intrusive et brutale, pointe du doigt et demande comment se nomme ce handicap ou cette verrue que l’on met tant d’effort à cacher, quand on pense que les proches et les voisins détournent pudiquement et automatiquement le regard si jamais quoi que ce soit venait à se dévoiler un tantinet… Drôle d’espèce que celle de l’homme, qui dépense tant d’énergie à cacher sa nature individuelle, réalité dont il a honte, une nature spécifique que l’on en vient à considérer ni plus ni moins qu’une de ces maladies d’origine douteuse dont il faut cacher à la fois l’existence et la cause. C’est sans doute pour cette raison qu’il ignore sa véritable nature, celle d’être un humain.

 

 

 

 

MAUVAISES MANIERES

 

En conséquence de la réalité socratique et des conflits qu’elle engendre, découle le terme final — ou initial — de la mise en accusation : « Tu dois m’en vouloir », ou bien « Tes intentions doivent être mauvaises ». Car il n’est pas naturel de s’intéresser autant au discours et à la pensée d’autrui, il n’est pas normal de questionner ainsi, plutôt que de dire et affirmer, il  est considéré indécent de décortiquer d’une manière aussi abusive le moindre mot que l’on entend. Rupture des traditions qui met en question le fonctionnement habituel. Car si un tel comportement n’est pas considéré pervers, alors on ne pourrait qu’admirer un tel homme, un sage, capable d’une telle ascèse, d’un tel dénuement, animé d’une telle confiance en l’autre, que chez son congénère, quel qu’il soit, il croît en permanence pouvoir découvrir la vérité. Car c’est cela qui en fin de compte anime Socrate. Mais hélas, la fragilité humaine, son insécurité, perçoit cette démarche confiante et flatteuse comme une agression. Questionner quelqu’un, c’est lui déclarer la guerre, c’est vouloir l’humilier, c’est tenter de le réduire à néant, bref, c’est l’obliger à penser, et surtout l’obliger à se penser lui-même. Connais-toi toi-même ! Ainsi nous connaîtrons l’univers et les dieux. En effet, que signifierait l’objet connu, si nous ignorions l’instrument de la pensée, l’esprit même, comme le soulève Hegel. Or c’est précisément la connaissance de notre esprit qui nous effraie. Car si nous sommes séduits lorsque quelque philosophe qui parle bien nous explique la béance de l’âme humaine prise dans sa généralité, nous nous sentons bien lorsque nous comprenons ou entrevoyons l’aveuglement ou la banalité dans laquelle vivent nos concitoyens, mais nous déchantons violement lorsque nous nous apercevons que c’est à nous personnellement que le discours s’adresse. Cela ne se fait pas !

 

 

ACCEPTER LA FINITUDE

 

Pourtant, comment se réconcilier avec sa parole et donc se réconcilier avec soi-même, si ce n’est en acceptant de voir les béances et les tares qui affligent notre discours, si ce n’est en contemplant les rigidités qui en constituent l’élaboration, si ce n’est en entrevoyant les limites qui en représentent l’étendue. Se réconcilier avec sa parole, c’est accepter la finitude, l’imperfection, au risque d’un profond sentiment de ridicule. N’aimons nous pas nos proches et nos enfants en dépit de leurs manques ou de leurs tics ? Devons-nous être aveugle pour aimer ceux qui nous entourent ? Si c’est le cas, nous risquons de fort déchanter lorsque les yeux se dessillent, par l’effet de l’usure du temps ou en contrecoup de quelque événement fortuit et généralement dramatique. Il en va de même dans notre rapport à nous-même. Nous pouvons certes tenter, consciemment ou non, d’entretenir l’illusion d’une transparence, d’un bien-être, d’une satisfaction, d’un contentement quelconque de soi, au risque d’une complaisance éphémère ou fragmentaire, et d’une déception certaine. C’est là que le Socrate en question, ou son équivalent, l’étranger des dialogues tardifs, peut être considéré comme notre ami véritable. Celui qui ose nous parler en toute franchise, celui qui ose pointer du doigt vers l’ailleurs. Cet ailleurs est celui qui nous « oblige » à porter des œillères, car à l’instar du classique cheval de carriole, nous ne pourrions supporter certaines réalités latérales : elles nous rendraient nerveux. Nous regardons droit devant nous, et poursuivons notre chemin sans nous soucier des interpellations de tout bord qui nous feraient hésiter, douter, voire nous paralyseraient.

 

Socrate nous interpelle : « Hé l’ami, vois-tu ce qui se passe par ici ? » « Que penses-tu de ceci, ou de cela ? » Là il nous écoute répondre, avec la fausse naïveté qui le caractérise. Mais l’humain est malin, tout comme le chien ou le félin, il sait sentir le vent. Instinctivement il voit la bête venir. Et c’est là que se trouve l’expérience cruciale, le moment de la décision, celle qui sépare les humains de humains. Veut-il réagir « biologiquement », et fuir ou agresser celui qui menace son « intégrité » existentielle ? Ou bien percevra-t-il chez cet homme à l’allure et au discours étrange le véritable ami qu’il n’a jamais rencontré ? L’ami qui n’a pas d’ami. L’amoureux sans amant.  Celui qui est animé d’une passion sans objet. Ou bien il en est lui-même l’objet tout en ignorant qui en est le sujet, quel en est le sujet. Bien entendu, c’est un drôle d’ami, à l’humour plus qu’étrange : quelle est cette ironie qui n’est qu’un mensonge. Comment pouvons-nous lui faire confiance ? Est-ce du lard ou du cochon ? Et en guise de discussion, il nous questionne. Pire encore, il nous astreint au choix misérable – s’il en est vraiment un – entre un « oui » et un « non », entre un « ceci » et un « cela ». Car il est visible que nombreuses de ces questions sont piégées. Mais tout de même, puisque nous nous sommes lancés dans cette perspective impossible, voyons comment cet homme qui n’a rien d’humain peut encore nous vouloir du bien. Justement, il ne nous en veut pas, de bien. C’est là son principal intérêt. Il ne veut que son propre bien, il le cherche, il a besoin de nous, il le dit ; ce n’est qu’un quart d’ironie, lorsqu’il demande à tout un chacun de devenir son maître, le maître qu’il cherche depuis toujours.

 

Certes, à terme, la fréquentation d’un tel être ne peut-être qu’insupportable. Mais demande-t-il jamais à quelqu’un de cohabiter avec lui ? Nombreux sont ses interlocuteurs, il semble en changer fréquemment au fil des dialogues, et cela ne doit guère être un accident. Ceux qu’il dit aimer changent au fil des dialogues. Platon, qui fera de cet être sa pitance, avant de se lancer sur sa propre trajectoire, ne l’aura connu que peu de temps. Cela explique sans doute la passion qui l’anime. À terme, l’effet corrosif du questionnement ne peut que provoquer l’éloignement.

 

 

UN AMI QUI NE VEUT PAS NOTRE BIEN

 

Toutefois, ce qui rend Socrate vivable, comme nous l’avons dit, ce qui en fait un véritable ami, est justement qu’il ne veut pas notre bien. Il ne veut nous convaincre de rien, il ne souhaite pas nous montrer le véritable chemin. Il nous questionne, tout simplement, et nous invite à voir, à voir ce que nous ne voyons pas, ce que nous ne voulons pas voir, à voir ce qui est invivable. En ce sens, il nous invite à mourir. Car si philosopher c’est apprendre à mourir, ce n’est pas d’une mort ultérieure et finale dont il est question, mais de celle de chaque instant. Celle qui nous guette, telle une épée de Damoclès, au-dessus de nos têtes étourdies par l’emballement du quotidien. Divertissement pascalien. Nos idées sont constituées de ces multiples opinions qui nous suffisent à jouer les règles du jeu. Jeu de la société, jeu de la famille, jeu des désirs et ambitions personnelles, poursuite du bonheur, grand bonheur ou petits bonheurs. La persévérance en l’être, le conatus spinozien, est trop souvent conçu comme celle d’une pure extériorité. Vivre prend généralement le sens d’une multiplicité de contraintes, internes et externes, qu’il s’agirait de satisfaire tant bien que mal. Pourtant, l’être n’est qu’un, pour Socrate comme pour Spinoza, bien que cette unité n’exclue nulle multiplicité, bien au contraire. Le fragment en est cependant la substance vive, car il ne s’agit pas non plus ici de s’envoler pour un au-delà de l’au-delà où se nicherait toute réalité. Comme le raconte très bien le mythe de la caverne, le philosophe que nous sommes ne saurait vivre en dehors de la caverne : c’est son lieu de prédilection. Il est en nous l’ami qui nous donne mauvaise conscience, celui qu’on laisse parler à l’occasion pour en rire, puis nous nous fâchons pour le faire taire. Car nous ne sommes pas toujours – et pas souvent – d’humeur à laisser interrompre ou troubler notre petit train-train, à laisser bousculer l’équilibre instable que tant bien que mal nous arrivons à faire fonctionner. Philosopher, c’est penser l’impensable, un impensable que ne permet nullement l’existence. Elle nous oblige à l’évidence, au certain, à l’attendu. Elle préfère le certain, elle aime le probable, mais elle rechigne au possible en tant qu’il n’est qu’un simple possible, et elle craint l’impossible. De temps à autre, par désœuvrement, par lassitude, ou par résurgence de l’être, elle autorise le surgissement de l’extraordinaire, de l’imprévu, de l’inouï. À doses homéopathiques, ou pour un temps restreint, et souvent de manière perverse. L’amour, la plaisanterie, la vision mystique, l’ébriété, sont autant de manières par lesquelles la vie se distrait d’elle-même, par jeu et par oubli. La philosophie exige une telle rupture de manière consciente, délibérée, et continue. Certes chacun aura connu à un moment ou un autre un moment philosophique, cet instant ou le sens bascule, dans un autre sens ou dans l’insensé. Et le vécu de cet instant pourra engendrer, bien que plutôt rarement réalisé, un désir d’ailleurs, non pas ailleurs pour vivre, mais ailleurs que la vie. Bien que certains, là aussi l’esprit est malin en diable, tentent d’instaurer une vie en dehors de la vie, au-delà de la vie.

 

 

Se réconcilier avec sa propre parole, tout comme se réconcilier avec ses proches, implique de ne plus avoir d’attentes, et donc de ne plus être frustré ou déçu, plus encore, ne plus pouvoir être déçu ou frustré. Ce qui au demeurant n’implique nullement l’abandon de l’esprit critique, bien au contraire. Car très souvent, ce qui nous empêche de nous engager dans une analyse corrosive et profonde des propos et des êtres, c’est la crainte de la perte, au travers de la crainte du heurt, de la blessure, ou simplement celle de la susceptibilité outragée. À partir du moment où nul désir subsiste de conserver une attache autre que celles liées à la poursuite commune de la vérité, engendrées par elle, que reste-t-il à craindre ? Très naturellement, s’il n’est brimé dans son élan, s’il n’a pas pris l’habitude de s’interdire de penser, l’esprit pense : il saisit ce qu’il aperçoit dans un rapport intime et dynamique à la matrice de pensée qu’il s’est constituée au fil des ans. Bien entendu, ces matrices seront plus ou moins élaborées, plus ou moins fines et plus ou moins fluides, mais elles constitueront tout de même pour chaque sujet pensant l’aune de toute nouvelle pensée, la référence active, le lieu originaire, celui d’où toute pensée provient, d’où toute pensée retourne. C’est d’ailleurs en ce sens que la parole est accès à l’être, que la parole cesse d’être un discours. Car en cette intimité avec soi-même, l’objet de pensée n’est plus un objet, mais il est le sujet lui-même. Le sujet pensant devient alors l’objet direct de la pensée, la médiation devient le lieu de l’immédiat, d’un immédiat conscient et réfléchi.